mardi 4 juin 2013

No steak (réflexions, #1)

Nous ne sommes pas complètement végétariens. Mais nous sommes sur le chemin qui y mène.
Ça a commencé par une expérience assez désastreuse en matière de santé (une semaine de viande à tous les repas) et la découverte de la notion d'équilibre acido-basique. Comprendre à quel point les protéines animales acidifient l'organisme et rendent le terrain favorable aux inflammations m'a décidée à diminuer mes achats en viande et poisson (ce qui nous manque le plus, ce sont les sushi, mais de toute manière depuis Fukushima c'est le genre de choses à éviter...).
Mais j'achetais encore du jambon par exemple, parce que c'est tout de même bien pratique dans le bento des enfants.

Et puis le cheminement s'est accéléré lorsque Mathurin a commencé ses recherches en matière de malnutrition dans le cadre d'un projet mené à l'école en relation avec les Nations Unies. La malnutrition, c'était son sujet personnel et il a passé l'année dessus. Il rentrait le soir en me disant des choses comme "Tu te rends compte Maman qu'à cause de notre consommation de viande, des gens meurent de faim dans l'hémisphère sud ?". Heu... ui... Il me montrait des tableaux, des chiffres... Jusqu'au jour où il m'a demandé de ne plus acheter de jambon pour le bento.

Alors je l'ai suivi parce qu'il parlait à ma conscience, et par la force des choses, Eugénie et Takaya ont également suivi. Parfois, Eugénie râlait, et demandait du poulet... L'argument qui avait convaincu Mathurin ne pouvant pas trop la marquer, elle est trop petite, il lui parlait du droit des animaux et de leur souffrance. Et, oui, elle trouvait que c'était dégoûtant de découper les cochons en morceaux, c'est mignon, les cochons.

Et peu à peu, des habitudes plus végétariennes se sont installées. Plus de viande à la maison (et presque plus de poisson : il me reste des boîtes de sardines que j'achetais en grosses quantité en France), et de plus en plus, le tri des morceaux de viande au restaurant quand il n'y a pas de plat totalement végétarien.

Et puis, la lecture de ce livre : No steak, d'Aymeric Caron. (1er billet sur le livre ici).



 J'en ai déjà parlé ici pour ce qui concerne les produits laitiers. Mais bien entendu, il m'a fait réfléchir sur d'autres aspects, ou a confirmé ce en quoi je croyais déjà.
Je voudrais partager avec vous certaines citations qui m'ont particulièrement parlé. Pêle-mêle, les voici :



Une calorie d'origine animale ne peut elle-même être obtenue qu'à partir de plusieurs calories d'origine végétale (il faut bien nourrir le bétail !) [...] Plus des trois quart des terres agricoles de la planète sont désormais consacrées au bétail.
Et là, c'est Mathurin qui a raison : nous entretenons la malnutrition (terme qui intègre la notion de sous-nutrition) volontairement. Avant, on pouvait dire "je ne savais pas". Mais plus maintenant.



1 kilo de viande = une année de douche
J'y pense chaque fois que je prends ma douche ! Quand on sait que l'eau est une denrée de plus en plus rare sur Terre... Et quand on pense, bien sûr, que nombreux sont ceux qui n'y ont même pas accès...



On passe son temps à mettre un voile sur certains épisode douloureux de son passé, mais aussi sur une partie du monde qui nous entoure. Il y a des choses que l'on préfère ignorer, car si nous y réfléchissions réellement, elles nous empêcheraient d'être tout à fait bien dans nos baskets.
C'est bien vrai, mais c'est en faisant l'autruche qu'on se prend les plus beaux coups de pied au cul. Moi la première, je refuse de voir des vidéos tournées dans les élevages industriels de vaches ou de poulets parce que je ne veux pas être hantée par ces images. Je ne veux pas que mes enfants les voient. Mais on peut en parler, non ? Et si la discussion dérange, c'est la preuve qu'on a une conscience, ce qui est plutôt une bonne nouvelle parce que justement, on la cherchait, la conscience.



A-t-on jamais vu une école organiser une sortie pédagogique dans un abattoir ? Jamais. Pourquoi ? D'où vient cette pudeur qui nous force à taire aux enfants le sort que nous réservons aux animaux ? [...] Que cherche-t-on au juste en masquant ainsi la vérité ? S'agit-il d'épargner un traumatisme à de jeunes esprits ? Si c'est le cas, alors cela atteste que nous avons conscience du degré de violence que nous infligeons aux animaux.
La conscience, justement...




[...] même la finitude humaine est plus facile à expliquer à un enfant que la tranche de jambon dans l'assiette.
Ça me rappelle les discussions à table tiens... Quelle distance incommensurable entre le joli cochon tout rose la queue en tire-bouchon de l'imagerie des livres (ou la peluche si douce et si mignonne qu'on donne à l'enfant, qu'il cajole et qu'il aime), et la tranche de pâté dans l'assiette...
Mumu la p'tite vache. La relation avec
la tranche de steak ?
Eugénie avait compris que l'un et l'autre ne faisaient qu'un depuis un moment déjà, mais c'est quand elle a essayé de les relier, et de tracer le chemin qui menait du cochon sur pattes au pâté dans l'assiette, qu'elle a eu mal. Avec des questions précises s'il vous plaît : pour être découpé, le cochon, il doit être mort... mais comment il meurt ? quoi, il ne meurt pas tout seul (genre ça serait plus acceptable d'être des charognards) ? alors qui le fait ? et comment ????
Bien vite elle évacuait ces idées tout à fait saugrenues de sa tête : on n'allait quand même pas jeter de la nourriture. Mais les idées ont fait leur chemin, et maintenant, elle sait. Sans images, en mots simples, mais au moins on n'a pas cherché à lui cacher la vérité.
Je ne dis pas qu'elle ne se laisse pas tenter par un plat quand on lui en offre, quand elle prend un repas chez une copine. Elle n'a pas été élevée dans cette conscience depuis qu'elle est née, ça fait moins d'un an que nous en parlons. Mais au moins, elle sait.

L'autre jour, Mathurin mangeait son bento à l'école à la même table que quelques amis et leur enseignant. Ils ont commencé à parler de ça, justement : pourquoi mangeons-nous les animaux, et pourquoi certains refusent de les manger ? Un copain a proposé l'argument nutritionnel : "Parce que ça rend fort". L'enseignant (non végétarien), lui a répondu : "Regarde le cheval. Il court vite. Et pourtant il ne mange que de l'herbe. Alors, ça rend fort la viande ?". Ils ont bien dû admettre que non. Après discussion, ils ont décidé que les gens mangent de la viande uniquement pour leur plaisir (pour le goût). Mathurin a gentiment proposé que faire quelque chose pour son propre plaisir au détriment de la vie des autres, est-ce que c'est vraiment acceptable ? Parce qu'ils sont tous d'accord pour dire que c'est mignon, un cochon, et une poule c'est rigolo, et la vache si paisible...
Le problème, c'est justement ce dont parle Caron : la relation entre le doux agneau dans son pré et le gigot dans l'assiette. On leur cache volontairement cette vérité. Or comme me l'a répété des milliards et des milliards de fois ma maman : "Dans la vie, on peut tout dire, ça dépend comment on le dit". Je suis sûre qu'on pourrait (devrait, mais c'est un autre registre !) expliquer cette réalité aux enfants. Sans leur faire visiter d'abattoir, sans leur projeter de vidéos, sans même leur montrer une seule photo. Et là, je suis prête à parier que beaucoup d'entre eux choisiraient d'eux-mêmes de diminuer leur consommation de produits animaux (viande et poisson). Nos enfants sont intelligents, c'est nous qui brimons leur intelligence.



À suivre...

Caroline

2 commentaires :

peuventilssouffrir a dit…

Merci pour tes billets sur No Steak et sur le (presque) végétarisme ! C'est super intéressant d'avoir ton expérience familiale sur ce sujet.
Je suis moi-même en train de lire ce livre et je le trouve très bien écrit (je suis déjà végé mais je lis de temps en temps sur le sujet).

Je m'en vais voir le reste de ton blog que je découvre par hasard, d'autant plus que j'apprécie particulièrement la culture japonaise :)

Caroline Despetiteschoses a dit…

Bonjour Peuventilssouffrir (super blog, je suis allée voir, j'y retourne très vite !),
Désormais, les enfants et moi sommes totalement et radicalement végétaliens par éthique (ce post datait de juin).
À bientôt !